Goodwood Revival : Bonhams joue gros avec une DB4 SS Convertible
700 000 à 900 000 livres pour une Aston Martin décapotable de 1962, une Aston ex-Nick Mason et un prototype Nissan qui n'a jamais couru. Le 19 septembre, Bonhams mesure ce qu'il reste de la demande sur l'anglaise historique.
La vente Goodwood Revival: Collectors' Motor Cars and Automobilia de Bonhams se tient le samedi 19 septembre 2026 à 10 h 30, au Goodwood Motor Circuit de Chichester. L'exposition ouvre la veille à 10 h.
C'est la première édition depuis que Bonhams a fusionné ses deux rendez-vous britanniques de la saison. La décision, en soi, raconte l'essentiel.
Le lot d'affiche
Une Aston Martin DB4 SS Vantage Convertible de 1962, châssis DB4C/1072/R, carrosserie Superleggera en aluminium, gris gun metal sur cuir gris clair. Estimation : 700 000 à 900 000 £.
Son six-cylindres 3,7 litres développe 266 chevaux, et la voiture affiche moins de 76 000 miles depuis l'origine.
La combinaison SS + Vantage + Convertible est la partie rare de l'équation. La DB4 a été produite à un peu plus de mille exemplaires toutes séries confondues ; les cabriolets en spécification haute se comptent sur les doigts de quelques mains.
Le reste du catalogue
Une Aston Martin 2-Litre Speed Model de 1936, châssis L6/713/U, ex-Nick Mason — le batteur de Pink Floyd, collectionneur de longue date — et engagée aux 24 Heures de Spa en 1948 : estimation 500 000 à 600 000 £.
Une Nissan P35 de 1993, châssis P35-02, prototype Groupe C/IMSA GTP à V12 3,5 litres de plus de 630 chevaux, qui n'a jamais couru — le championnat pour lequel elle avait été construite ayant été annulé. Elle est aujourd'hui équipée d'un V12 Menard 4,2 litres. Estimation : 400 000 à 500 000 £.
Une Jordan-Ford 191/3 de 1991, ex-Andrea de Cesaris, dans sa livrée 7-Up d'origine et entre les mains du même propriétaire depuis 1992 : 350 000 à 525 000 £. C'est le châssis de la saison qui a révélé Michael Schumacher à Spa.
Complètent l'affiche une Mercedes-Benz CLK DTM de 2000, châssis RS00-001, à 220 000-280 000 £, et une Aston Martin DB4 Série III de 1961 (DB4/718/R) à 350 000-400 000 £.
Ce que la vente mesure vraiment
L'édition 2025 du Revival Sale avait présenté 77 voitures et n'en avait vendu que 41, pour un total de 5 041 831 £. Soit 53 % de vendu.
Le détail est contre-intuitif : le taux de vente avait progressé, de 51 % en 2024 à 53 % en 2025. Ce qui a reculé, c'est le produit de la vacation — un peu plus de 5 M£, contre plus de 7 M£ en 2024 et plus de 9 M£ en 2023. La salle vendait autant de voitures, mais moins chères.
En fusionnant ses ventes de juillet, au Festival of Speed, et de septembre — qui cumulaient environ 15,2 M£ —, Bonhams reconnaît que le marché britannique ne supporte plus deux rendez-vous par saison. C'est une décision rationnelle, mais elle place tout le poids de la démonstration sur une seule date.
Notre lecture
Le catalogue 2026 est presque exclusivement composé d'anciennes : pas d'hypercar récente, pas de lot spéculatif. C'est le segment le plus exposé au vieillissement de la clientèle et le moins soutenu par les nouveaux entrants du marché.
Deux issues. Si la DB4 SS Convertible atteint le haut de sa fourchette, elle confirmera que la pièce documentée et rare reste insensible au climat général — ce que le résultat de la vente Willy Michiels a déjà suggéré. Si elle cale autour de 700 000 £, avec un taux de vendu à nouveau proche de 53 %, la conclusion sera plus sévère.
Réponse samedi.
Ce que vaut une provenance
Deux lots de ce catalogue posent la même question sous deux angles opposés.
L'Aston Martin 2-Litre Speed Model ex-Nick Mason vaut d'abord par son histoire : un propriétaire célèbre, une participation aux 24 Heures de Spa 1948, une continuité documentée. La provenance ajoute ici une valeur réelle, parce qu'elle est vérifiable et qu'elle relie la voiture à des événements datés.
La Nissan P35 illustre l'inverse. C'est un prototype de Groupe C qui n'a jamais couru — le championnat pour lequel il avait été construit ayant été annulé. Son intérêt est technique et documentaire, pas sportif. Elle n'a aucun palmarès à faire valoir, et son moteur d'origine a été remplacé par un V12 Menard 4,2 litres.
Le marché tranche généralement en faveur du premier cas. Une voiture qui a couru raconte quelque chose ; une voiture qui aurait pu courir raconte une intention.
La Jordan 191, cas d'école
Le châssis 191/3 mérite un développement à lui seul.
La Jordan 191 est considérée comme l'une des plus belles monoplaces de l'histoire de la Formule 1, dessinée par Gary Anderson, dans une livrée 7-Up devenue iconique. C'est surtout la voiture de la saison 1991, celle où un pilote allemand inconnu nommé Michael Schumacher a fait ses débuts à Spa.
Le châssis proposé n'est pas celui de Schumacher : c'est celui d'Andrea de Cesaris, chez le même propriétaire depuis 1992. L'estimation de 350 000 à 525 000 £ reflète exactement cette nuance — la fourchette est large parce que la valeur dépend entièrement de ce que l'acheteur attache au châssis précis plutôt qu'au modèle.
C'est l'un des rares segments où l'écart entre deux exemplaires identiques peut atteindre un facteur dix.
Le calendrier des enchères de l'automne
Pour situer Goodwood dans la saison : Broad Arrow tient sa vente Audrain le 2 octobre à Newport, Aguttes s'installe à Autoworld Bruxelles le 10 octobre, Broad Arrow revient à Zoute le 9 octobre et Bonhams y enchaîne le 11 avec la collection Keller, sans prix de réserve. Artcurial clôt le mois le 25 octobre avec « Automobiles sur les Champs ».
Six ventes majeures en six semaines. Le marché n'a pas ralenti son offre ; c'est la demande qui décidera.
Bonhams n'a plus qu'une cartouche britannique par saison. C'est ce qui rend cette vente intéressante.