Monza, Autodromo Nazionale, jeudi 3 septembre 2026. Il est un peu plus de neuf heures du matin. Le paddock du Grand Prix d'Italie s'anime pour la journée média — la fameuse Thursday media day où les journalistes assiègent les pilotes deux jours avant les premiers essais. Personne ne s'attendait à voir ça.

Monza, media day — Lewis Hamilton s'avance dans le paddock Ferrari sous les objectifs. Manteau camel, béret Kangol noir, mallette Louis Vuitton.
Monza, media day — Lewis Hamilton s'avance dans le paddock Ferrari sous les objectifs. Manteau camel, béret Kangol noir, mallette Louis Vuitton.

Un grondement particulier — grave, mécanique, absolument reconnaissable entre mille — approche par la voie d'accès aux paddocks Ferrari. La foule des photographes se retourne. Un éclair rouge apparaît au bout de la rue. Une Ferrari F40. Pas une F40 quelconque : plaque personnalisée « 44 » sur le pare-chocs avant. Au volant, un manteau tan camel drapé sur les épaules, béret Kangol noir, lunettes vintage : Lewis Hamilton, arrivant travailler comme un aristocrate italien débarque à l'opéra de la Scala.

Deux minutes de silence stupéfait, puis l'explosion des clics. En quelques heures, la vidéo devient virale sur toutes les plateformes. Un moment de grâce qui restera comme l'une des images de la saison 2026.

L'histoire derrière la voiture

La F40 en question, c'est le rêve d'une vie qui vient de se réaliser. Le 31 août 2026, quatre jours seulement avant son arrivée à Monza, Lewis Hamilton publiait sur ses réseaux sociaux une photo cryptique de la voiture accompagnée de six mots : « The car of my dreams ». Puis un commentaire précisant : « ... and has been for as long as I can remember ».

Le sept fois champion du monde avait pourtant annoncé fin 2024 vouloir arrêter d'agrandir sa collection automobile — déjà l'une des plus impressionnantes de la planète, dont une McLaren F1, une Ferrari LaFerrari et une Mercedes-AMG Project One. La F40 a fait exception à la règle. Comme il l'expliquait sur son compte : « C'est la voiture que je regardais quand j'étais enfant sur mes posters. Elle a marqué mon imaginaire à jamais. »

La F40 posée devant le décor officiel du Gran Premio d'Italia 2026. Le rouge Rosso Corsa reprend une nouvelle dimension sous la lumière du matin italien.
La F40 posée devant le décor officiel du Gran Premio d'Italia 2026. Le rouge Rosso Corsa reprend une nouvelle dimension sous la lumière du matin italien.

Une restauration made in Maranello — après 30 ans dans un garage

Détail qui n'a échappé à personne : la F40 a fait l'objet d'une restauration complète, engine-out, réalisée par le département Ferrari Classiche à Maranello. Mais l'histoire est encore plus belle. Hamilton a précisé sur ses réseaux qu'il avait retrouvé cet exemplaire précis en tant que « barn find » — le châssis avait passé plus de 30 ans sous une couche de poussière dans un garage avant qu'il ne mette la main dessus.

La coïncidence est belle : Hamilton pose déjà avec une F40 le 20 janvier 2025, jour de son arrivée officielle chez Ferrari devant l'ancien bureau d'Enzo. Un peu plus d'un an et demi plus tard, cette même F40 devient officiellement la sienne.

L'exemplaire est un modèle européen à catalyseur, produit à la fin des années 1980. Numéro de châssis non communiqué. La restauration Ferrari Classiche — qui délivre le fameux Livre Rouge d'authentification — a inclus une remise à zéro complète du V8 biturbo 2,9 litres de 478 chevaux, une reprise de la peinture Rosso Corsa d'origine, et bien sûr l'installation de la plaque personnalisée « 44 ». Coût estimé de la restauration : entre 150 000 et 300 000 euros. Pour Hamilton, budget accessoire.

La plaque jaune « 44 » à l'arrière de la F40 — le numéro emblématique de Hamilton en Formule 1, désormais gravé sur sa voiture de rêve.
La plaque jaune « 44 » à l'arrière de la F40 — le numéro emblématique de Hamilton en Formule 1, désormais gravé sur sa voiture de rêve.

Le style Hamilton

L'arrivée en F40 était déjà un moment. Mais Hamilton, qui a définitivement gagné son statut d'icône de style dans le paddock, l'a portée à un autre niveau grâce à sa tenue. Costume noir chemise blanche col ouvert. Cravate noire fine. Manteau camel tan longue coupe à double boutonnage, jeté sur les épaules à l'italienne — le fameux sprezzatura. Béret Kangol noir. Lunettes de soleil vintage rondes. Mallette Louis Vuitton en cuir Monogram.

Le total look composait un hommage vestimentaire directement inspiré des Italiens des années 80 et 90 — l'époque de la F40 justement, celle des Gianni Agnelli, Marcello Mastroianni, des paddocks Ferrari peuplés de patrons industriels en manteau camel. Comme si le pilote avait voulu ne faire qu'un avec la voiture, avec le paddock, avec cette histoire italienne dont il est désormais un chapitre officiel.

Hamilton et sa F40 posent devant le mur d'affiches du Gran Premio d'Italia. Un moment devenu iconique en quelques heures.
Hamilton et sa F40 posent devant le mur d'affiches du Gran Premio d'Italia. Un moment devenu iconique en quelques heures.

Le contexte : GP d'Italie 2026, week-end décisif

L'arrivée en F40 s'inscrit dans un week-end particulier. C'est le deuxième GP d'Italie de Hamilton en rouge. Le premier, en 2025, avait été un demi-échec : qualifié 10ème, remonté 6ème en course. Un résultat honorable dans une saison globalement compliquée pour le Britannique et pour Ferrari.

2026 est différente. Hamilton arrive à Monza avec une moyenne de résultats de 3,75 sur la saison — sa meilleure année Ferrari. La Scuderia dispose historiquement d'un avantage aérodynamique sur son circuit domestique. Ferrari a même préparé des upgrades spécifiques pour cette course, et une livrée hommage à Michael Schumacher — vingt ans après sa victoire à Monza en 2006 qui précédait sa première retraite.

Contexte contractuel également chaud : Hamilton, actuellement sous contrat avec Ferrari jusqu'à fin 2027, laisse entendre qu'il pourrait prolonger. Les rumeurs d'une annonce officielle à Monza circulent depuis plusieurs jours. La saga Ferrari-Hamilton, qui avait commencé comme le pari le plus audacieux du siècle en F1, semble prendre une tournure durable.

Instant de communion entre l'homme et la machine. Les bagues au doigt, la portière ouverte : Hamilton s'apprête à repartir au volant de sa F40.
Instant de communion entre l'homme et la machine. Les bagues au doigt, la portière ouverte : Hamilton s'apprête à repartir au volant de sa F40.

Le symbole

Au-delà de l'anecdote, l'arrivée en F40 est un manifeste. Hamilton ne se contente pas d'être un pilote Ferrari — il devient une figure culturelle italienne, s'appropriant les codes, les icônes, les rituels. La F40 en est la quintessence : conçue sous l'égide directe d'Enzo Ferrari en 1987 comme cadeau des 40 ans de la marque, elle représente le peak absolu de l'ADN Ferrari : puissance brute, sans compromis, sans électronique inutile.

Choisir cette voiture précise — plutôt qu'une plus récente ou une plus rare — c'est une déclaration. C'est dire : je comprends ce que Ferrari représente. Je le respecte. Et je le célèbre.

Hamilton se glisse au volant de sa F40. Le paddock, un instant plus tôt bruyant de flashes, s'est tu.
Hamilton se glisse au volant de sa F40. Le paddock, un instant plus tôt bruyant de flashes, s'est tu.

L'effet sur les enchères

Petite anecdote pour finir : le marché des F40 est en pleine ébullition depuis ce coup d'éclat. Sur les principales plateformes de collection (Collecting Cars, Bring a Trailer, Duncan Hamilton ROFGO), les recherches pour « Ferrari F40 » ont bondi de 340% en 48 heures selon Autotempest. À Monterey Car Week il y a trois semaines, une F40 s'était déjà adjugée à un record de 8,4 M$.

Un pilote peut-il faire monter la cote d'un modèle par sa simple préférence ? La preuve, en direct, à Monza.