Une BMW Alpina B6 vendue sur ordonnance du tribunal, partiellement vidée, son moteur Alpina 3,5 litres remplacé par un six-cylindres BMW M88 qui la prive de toute homologation sur route ouverte : estimation 8 000 à 12 000 €. Elle est partie à 30 000 €. Dans le même catalogue, une Ferrari 330 GT 2+2 de 1964 transformée en évocation de 250 GTO, estimée entre 1,5 et 2,5 M€, n'a pas trouvé preneur. La vente Osenat du lundi 29 juin 2026 tient tout entière dans cet écart.

Hôtel d'Albe, 9-11 rue Royale à Fontainebleau, 14 heures, après trois jours d'exposition au Grand Garage Napoléon voisin. La maison dirigée par Jean-Pierre Osenat alignait 115 numéros au catalogue, automobilia comprise, avec des estimations s'étalant de 50 € à 2,5 M€. News d'Anciennes, présent en salle, a dénombré 110 lots réellement proposés et 89 adjugés, soit un taux de vente proche de 81 %. L'édition précédente de cette vente d'été, le 23 juin 2025, avait écoulé quasiment 75 % de ses lots pour un produit global de 3 220 479 €, avec une Lamborghini Countach LP400 Periscopio à 864 000 € et une Ferrari 250 GT SWB Competizione à 1 020 000 €. En 2026, aucun lot n'a atteint le million.

Les populaires ont fait la vente

Les meilleurs multiples de la journée sont venus du bas du catalogue. Une Renault 4CV Pie de 1959, l'une des seize premières voitures de police du modèle à avoir échappé à la destruction, conservée dans la même famille depuis cinquante ans et présentée sans prix de réserve, était estimée 15 000 à 20 000 €. Entièrement à refaire, elle a été adjugée 24 080 € frais compris. Une Peugeot 205 GTI 1.6 de 1986, 115 chevaux, dans la même famille depuis trente ans et également sans réserve, a dépassé son estimation haute à 19 264 €.

La Citroën Méhari 4x4 de 1980, à peine 45 000 km au compteur, a été adjugée 27 090 € pour une estimation de 20 000 à 30 000 € : dans la fourchette, sans plus. Plus révélateur, une Traction 15/6 découvrable carrossée par l'AEAT en 1953 est montée à 48 160 € contre 40 000 à 50 000 € attendus, une Panhard Scarlette X87 à remettre en état a fait 14 448 € pour une estimation de 10 000 à 15 000 €, et la doyenne de la vacation, une Rolland Pilain Type C 12/16 HP demi-limousine de 1909, a trouvé preneur à 52 976 €, au-dessus de son estimation haute. Le Toyota Land Cruiser BJ40 de 1979, 37 000 km et contrôle technique vierge, a suivi le même chemin à 30 100 €.

Toutes les françaises insolites n'ont pas profité de ce courant. La Renault 4 raccourcie dans les années 2000 à la manière du prototype Bertin de 1965, estimée 15 000 à 20 000 €, s'est arrêtée à 8 428 €. Le marché paie l'histoire documentée, pas l'imitation : la 4CV de police valait son prix parce qu'elle est authentique et traçable, la R4 façon Bertin ne l'est pas.

Le haut de catalogue a bloqué

Les lots les plus ambitieux ont échoué. L'évocation de 250 GTO construite sur une Ferrari 330 GT 2+2, seule pièce du catalogue à porter une estimation à sept chiffres — vingt fois moins qu'une GTO authentique, ce qui reste considérable pour une voiture qui n'en est pas une —, est restée invendue. Le roadster BMW 315/1 de 1934, estimé 135 000 à 150 000 €, aussi. Une Ford Thunderbird de 1955 parfaitement fonctionnelle avec son hard-top (25 000 à 35 000 €) et l'une des vingt-deux Lamborghini Urraco P111 destinées au marché américain (45 000 à 65 000 €) n'ont pas non plus atteint leur réserve. Deux Citroën 15/6 estimées 20 000 à 25 000 € chacune sont également restées sur place.

Le milieu de gamme a tenu

Entre les deux, la tranche 70 000 - 170 000 € a fonctionné normalement. Une Porsche 911 Turbo type 930 de 1989 à boîte G50 et kit moteur WLS, moteur refait, a été adjugée 130 032 € pour une estimation de 100 000 à 150 000 €. Une Jaguar Type E 4.2 de 1967 et une Honda NSX de 1991 — 168e exemplaire produit pour les États-Unis, vendue neuve sous la marque Acura, 20 000 km — ont fait exactement le même prix, 108 360 €, chacune dans le haut de sa fourchette. Une Mercedes-Benz 190 SL de 1955 s'est arrêtée à 89 096 €, au milieu de son estimation. Une Ferrari 400 GT d'origine française a dépassé la sienne à 69 832 €, une Chevrolet Corvette C1 de 1959 de deuxième main a fait 53 578 €, et la Lancia Thema 8.32, 215 chevaux d'origine Ferrari sous une berline à traction, 16 856 €. News d'Anciennes donne la Facel Vega HK II de 1962, restaurée en 2018 pour 250 000 € de factures, comme meilleur prix de la journée à 165 000 € ; Osenat n'a pas publié de résultat pour ce lot.

Le cas Alpina

L'Alpina B6 mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle explique le reste. Il s'agissait d'une Série 3 type E30 de 1986 passée entre les mains du préparateur de Buchloe, vendue sur ordonnance du tribunal avec deux autres lots, un Land Rover 109 et une Citroën 15/6 H, à frais acheteurs réduits : 14,28 % TTC au lieu de 20,4 %. La voiture était incomplète et son moteur Alpina d'origine avait disparu au profit d'un M88 de BMW, dans une optique circuit qui la rendait illégale sur route ouverte. Sur le papier, c'est un dossier à fuir. Elle a fait deux fois et demie son estimation haute. Ce qui se vend aujourd'hui à Fontainebleau, ce n'est pas la conformité, c'est la rareté du badge et la perspective d'un projet.

Ce que la vente dit d'Osenat

Comparée à juin 2025, l'édition 2026 a vendu davantage de lots — 81 % contre près de 75 % — mais sans le moindre résultat à sept chiffres, alors que la précédente en comptait un et en frôlait un second. La valeur s'est déplacée vers le milieu et le bas du catalogue. C'est cohérent avec le positionnement réel de la maison : Osenat, agrément 2002-135, quatre sites entre Fontainebleau, Paris, Versailles et Chailly-en-Bière, un département automobiles dirigé par Louis de Russé, vit des françaises populaires, des youngtimers et des successions, pas des blue chips internationaux, qui partent à Paris ou à Londres. Entre les deux éditions, la maison a d'ailleurs relevé ses frais acheteurs de 16,67 % HT à 17 % HT sur la première tranche.

Le message de cette vacation est simple et un peu dur. En 2026, à Fontainebleau, une 4CV de police authentique à 24 000 € se vend mieux qu'une Ferrari déguisée à 1,5 M€. Les vendeurs de haut de gamme qui calent leur réserve sur les catalogues d'il y a trois ans repartent avec leur voiture. Ceux qui présentent une petite française honnête, documentée et sans réserve repartent avec un chèque supérieur à ce qu'ils espéraient.