Lamborghini Fenomeno Roadster : 15 exemplaires, aucun toit
Lamborghini a retiré le toit de la Fenomeno pour créer une version Roadster ultra-limitée. 15 exemplaires uniquement, presque aussi rapide que la coupé malgré l'absence de pavillon. Le V12 dans son expression la plus libre.
Imola, 9 mai 2026. À l'occasion de la deuxième édition de la Lamborghini Arena, Sant'Agata présente la Fenomeno Roadster, version découverte de sa dernière few-off. Production annoncée : 15 exemplaires, tous attribués avant la présentation publique. Le communiqué la désigne comme la Lamborghini découverte la plus puissante jamais produite, et pour une fois la formule est exacte.
Une coupé arrivée sans chiffres
La Fenomeno coupé avait été dévoilée le 15 août 2025 lors de The Quail, pendant la Monterey Car Week, dans des conditions inhabituelles : Lamborghini avait montré la voiture sans communiquer ni puissance, ni couple, ni accélération, ni vitesse maximale. Une présentation d'objet, pas de produit. Le modèle célèbre les vingt ans du Centro Stile et sa production a été arrêtée à 29 exemplaires, et non trente comme on le lit souvent.
Les données techniques n'ont été publiées que dans un second temps. Elles confirment la parenté avec la Revuelto sans en faire une simple dérivation : la Fenomeno reprend l'architecture générale du modèle de série mais pousse chaque paramètre plus loin, y compris la structure.
1 080 CV, dont 835 pour le seul V12
Le V12 atmosphérique de 6 498 cm³, à 60 degrés et carter sec, développe 835 CV à 9 250 tr/min et 725 Nm à 6 750 tr/min. À lui seul, il dépasse 128 CV par litre. Trois moteurs électriques complètent l'ensemble : deux sur l'essieu avant, chargés du vectorage de couple et de la récupération, un troisième implanté au-dessus de la boîte à double embrayage huit rapports. La batterie lithium-ion affiche 7 kWh, un format volontairement réduit qui privilégie la réponse et la masse plutôt que l'autonomie électrique.
La puissance combinée atteint 1 080 CV, soit 795 kW. Le freinage est confié au système carbone-céramique CCM-R Plus, les amortisseurs de compétition sont réglables manuellement, et les pneumatiques Bridgestone Potenza Sport sont dimensionnés en 265/30 ZRF21 à l'avant et 355/25 ZRF22 à l'arrière, avec une option semi-slick sur mesure.
Retirer le toit sans perdre l'appui
C'est le vrai sujet d'ingénierie. Une découverte perd la contribution du pavillon à la rigidité et perturbe l'écoulement sur toute la partie arrière. Lamborghini a répondu par un ensemble aérodynamique entièrement redessiné plutôt que par des rustines : surfaces supérieures revues, nouveau spoiler carbone intégré à la traverse de pare-brise, aileron arrière actif reprofilé, diffuseur redessiné. Le constructeur annonce des niveaux d'appui et de stabilité identiques à ceux de la coupé.
La protection en cas de retournement est intégrée aux deux bossages arrière de type speedster, ce qui évite l'arceau rapporté et ses conséquences sur le dessin. La structure reste une monocoque carbone multi-technologies, dite monofuselage, avec une partie avant en Forged Composite, le composite à fibres courtes orientées aléatoirement que Lamborghini produit depuis une quinzaine d'années.
Les chiffres, et ceux qui manquent
La Roadster abat le 0 à 100 km/h en 2,4 secondes et le 0 à 200 km/h en 6,8 secondes, valeurs identiques à celles de la coupé. La vitesse maximale est annoncée à plus de 340 km/h, contre plus de 350 km/h pour la version fermée : c'est là, et seulement là, que la perte du toit se paie.
Le poids n'a pas été communiqué, ni pour la coupé ni pour la Roadster. Les écarts chiffrés qui circulent sur un surpoids précis lié aux renforts ne s'appuient sur aucune donnée constructeur et sont à écarter. De même, l'écart de vitesse maximale souvent cité entre les deux carrosseries repose sur des valeurs plancher, pas sur des mesures.
Où la Fenomeno se situe dans la hiérarchie maison
Les chiffres prennent leur sens une fois replacés dans la gamme. La Revuelto, modèle de série, annonce 1 015 CV combinés avec une batterie de 3,8 kWh. La Revuelto SV, produite à 1 963 exemplaires, monte à 1 065 CV, avec un V12 crédité de 825 CV à 9 250 tr/min, un rupteur à 9 500 tr/min, 1 425 Nm de couple système, une batterie de 7,3 kWh, un 0 à 100 km/h en 2,4 secondes et plus de 345 km/h. Lamborghini revendique pour elle 80 % d'appui total supplémentaire par rapport à la Revuelto standard.
La Fenomeno se place donc quinze chevaux au-dessus de la SV, dont dix proviennent du seul V12 : 835 CV contre 825. L'écart est mince, et c'est précisément l'intérêt de la lecture. Ce qui sépare une few-off d'une série spéciale n'est plus la puissance, mais la structure, les matériaux, le volume de production et le prix. La Revuelto SV existe à près de deux mille exemplaires ; la Fenomeno Roadster à quinze. Le rapport est de un à cent trente.
Quinze clients, et un tarif que personne ne confirme
Lamborghini n'a pas publié de prix. Les estimations reprises par la presse spécialisée convergent autour de 5,9 millions d'euros, à comparer aux quelque 3 millions d'euros de la coupé — un écart considérable pour une variante de carrosserie, qui s'explique moins par les coûts de développement que par le rapport de rareté : 15 contre 29. Chaque voiture passe par le programme Ad Personam, et l'exemplaire de présentation combinait une teinte Blu Cepheus avec des accents Rosso Mars, un habitacle mêlant carbone, Corsatex de Dinamica et Carbon Skin, le matériau breveté par la marque.
Le marché des few-off Lamborghini donne un cadre utile. La Sián, la Countach LPI 800-4 et la Reventón Roadster se sont toutes appréciées au-delà de leur prix catalogue, la Reventón Roadster dans des proportions particulièrement nettes. Rien ne garantit la répétition du schéma, mais la logique de production — moins d'exemplaires pour la découverte que pour le coupé — reprend exactement celle qui avait fonctionné en 2009.
La Fenomeno Roadster n'est pas une coupé à qui l'on a retiré le toit : c'est une coupé dont l'aérodynamique a été refaite pour que l'absence de toit ne se voie pas sur le chronomètre. La différence tient en dix kilomètres-heure de vitesse de pointe et en quatorze acheteurs de moins. Pour une marque qui a bâti son identité sur le V12 atmosphérique, c'est probablement la dernière occasion de le faire entendre sans pavillon au-dessus de la tête.