Pagani Huayra 70 Derecho : la tempête selon Modène
Pagani dévoile le 10 juillet 2026 la Huayra 70 Derecho, hommage aux 70 ans de la marque et à la tempête espagnole. V12 AMG 6.0 biturbo, série limitée, aérodynamique retravaillée. Le carbone modénais dans sa forme la plus extrême.
Goodwood, juillet 2026. Sur la pelouse du Festival of Speed, Pagani présente en première mondiale une Huayra que personne n'attendait plus : la Huayra 70 Derecho, découverte, orange nacré, et surtout équipée d'une boîte manuelle à sept rapports avec grille apparente. Elle a été construite à un seul exemplaire. Ce n'est pas une petite série : c'est une commande unique.
Un anniversaire d'homme, pas de marque
La première correction à apporter concerne l'objet même de la célébration. La Huayra 70 Derecho ne marque pas les soixante-dix ans de Pagani Automobili, entreprise fondée au début des années 1990 à San Cesario sul Panaro. Elle marque les soixante-dix ans d'Horacio Pagani, né en Argentine en 1955. La nuance a son importance : les trois voitures de la série 70 sont des cadeaux d'anniversaire déguisés en projets industriels.
Le Derecho est la deuxième des trois. La première, la Huayra 70 Trionfo, avait été dévoilée plus tôt dans l'année et livrée à un client américain. La troisième n'a pas encore été montrée. Toutes trois sortent de la division Grandi Complicazioni, l'atelier interne que Pagani consacre aux projets spéciaux et qui, dans les faits, maintient la Huayra en vie alors que l'Utopia lui a officiellement succédé en 2022. Un constructeur qui produit une centaine de voitures par an peut se permettre de ne jamais vraiment arrêter un modèle.
864 chevaux, 1 100 Nm et trois pédales
Le moteur est le V12 à 60 degrés de 5 980 cm³ développé par Mercedes-AMG pour Pagani, suralimenté par deux turbocompresseurs. La fiche technique officielle annonce 864 chevaux à 6 000 tr/min, mesurés à 18 °C, et 1 100 Nm de couple disponibles sur une plage large, de 2 800 à 5 900 tr/min. La vitesse maximale est limitée électroniquement à 350 km/h.
La transmission constitue le vrai geste. Il ne s'agit pas d'une boîte séquentielle, mais d'une véritable manuelle à sept rapports fournie par Xtrac, en position transversale, avec grille métallique apparente et différentiel autobloquant électromécanique. Pagani avait ouvert cette voie avec l'Utopia ; la ramener sur une Huayra, plus de dix ans après le lancement du modèle, revient à réécrire rétrospectivement le cahier des charges de la voiture. La commande passe la puissance aux seules roues arrière.
Carbo-Titanium : la matière comme argument
La structure reprend l'architecture maison : monocoque centrale en Carbo-Titanium HP62 G2 associée au Carbo-Triax HP62, complétée par des berceaux avant et arrière en acier chrome-molybdène et des panneaux de carrosserie en fibre de carbone. Ces matériaux ne sont pas des arguments marketing chez Pagani : Horacio Pagani travaille les composites depuis son passage chez Lamborghini dans les années 1980, et la fabrication interne de ses propres tissus carbone reste l'un des rares différenciateurs techniques réels dans un segment où presque tout le monde achète les mêmes fournisseurs.
Le traitement esthétique du Derecho joue sur cette matière plutôt que contre elle. La peinture Pearl Orange laisse apparaître un tissage carbone en arête de poisson, contrasté par des accents Inky Blue. Les composants usinés dans la masse sont anodisés titane brillant, les jantes de 20 et 21 pouces sont spécifiques au programme 70. L'habitacle combine cuir Ceramic White et Tricolore Blue, avec une bande à midi sur le volant reprenant l'orange de la carrosserie.
Quinze ans de Huayra, et une escalade continue
La Huayra a été dévoilée en ligne le 25 janvier 2011 avant sa première publique au Salon de Genève en mars de la même année. Le modèle a depuis servi de base à une longue succession de déclinaisons, chacune montant d'un cran : 730 chevaux pour la coupé d'origine, 754 pour la BC et la Roadster, 791 pour la Roadster BC, 829 pour la Codalunga, 838 pour la Huayra R réservée à la piste, 888 pour sa version Evo. Les 864 chevaux du Derecho placent donc cette voiture au sommet des Huayra homologuées route.
Le point de comparaison le plus direct est l'Imola Roadster, produite à huit exemplaires homologués, avec 850 chevaux à 5 600 tr/min, 1 100 Nm entre 3 600 et 5 600 tr/min, une masse d'environ 1 260 kilos et la même monocoque Carbo-Titanium HP62-G2. La différence tient à la transmission : l'Imola Roadster utilise la boîte séquentielle Xtrac à sept rapports, le Derecho la manuelle. L'ordre de grandeur pondéral de l'Imola Roadster rend plausible un poids proche pour le Derecho, mais plausible n'est pas confirmé, et Pagani n'a rien publié sur ce point.
Ce que le nom désigne réellement
Le derecho est un phénomène météorologique précis : un système orageux organisé capable de générer des vents rectilignes d'une intensité extrême sur de très longues distances. Le terme est espagnol, mais le phénomène a été nommé et documenté pour la première fois dans les grandes plaines nord-américaines, dans l'Iowa, à la fin du dix-neuvième siècle. Le rattacher aux plaines d'Espagne relève de la confusion linguistique. Chez Pagani, le choix se lit plutôt comme une continuité : Huayra désigne déjà un dieu andin du vent, et la maison nomme ses voitures d'après des phénomènes atmosphériques depuis la Zonda.
Ce qu'on ne sait pas, et pourquoi c'est normal
Ni le prix ni le poids n'ont été communiqués. Les chiffres qui circulent — cinq millions d'euros, moins de 1 300 kilos — ne reposent sur aucune source officielle et ne doivent pas être traités comme des données. Sur une voiture construite à un exemplaire pour un client déjà propriétaire de plusieurs Pagani, le tarif relève de la négociation privée et n'a aucune valeur de référence marché. La seule comparaison utile porte sur les Huayra spéciales passées en vente publique : les Huayra BC et Imola s'échangent aujourd'hui bien au-delà de leur prix de lancement, ce qui suffit à situer l'ordre de grandeur sans inventer de chiffre.
Pagani indique que la démarche du Derecho relève de la recherche esthétique et de l'innovation sur les matériaux davantage que de la performance chronométrée, ce que la fiche technique confirme : aucune donnée d'accélération n'a été publiée, et la vitesse de pointe est bridée.
Une Huayra découverte, à moteur central biturbo, avec une boîte manuelle et un seul propriétaire : le Derecho est moins une voiture qu'un argument. Il dit que la commande mécanique n'est pas un archaïsme mais un choix, et que Pagani est aujourd'hui l'un des très rares constructeurs en position de le faire sans avoir à s'en justifier. Le reste — la peinture, le tissage, le nom — est de la mise en scène, parfaitement exécutée.