RM Sotheby's a tenu sa première Zurich Auction le 26 septembre 2026, au Park Hyatt. Vingt-trois voitures au catalogue. Dix-sept portent aujourd'hui un prix sur le site de la maison, pour un total de 16 302 075 francs suisses. Six n'en portent aucun. Ce sont ces six-là qui racontent la vente.

Ce que la maison publie, et ce qu'elle ne publie pas

Sur la page de résultats de RM Sotheby's, chaque lot affiche soit un montant suivi de la mention Sold, soit la formule Price Upon Request. Les deux ne veulent pas dire la même chose, et la maison ne précise pas laquelle des deux situations s'applique : un lot sans prix peut avoir été vendu sans divulgation du montant, ou ne pas avoir trouvé preneur.

Un décompte français de la vente en déduit dix-sept vendus sur vingt-trois, soit 73,9 %. L'arithmétique est cohérente avec le nombre de mentions Sold. Mais une déduction n'est pas une source, et nous n'écrivons pas qu'une voiture est invendue sans l'avoir vérifié.

La vérification est arrivée le lendemain, et elle vient de la maison elle-même. RM Sotheby's a communiqué un total de 16 302 075 CHF. C'est, au franc près, la somme des dix-sept lots à prix publié, que nous avions additionnés un par un avant que ce chiffre ne sorte. Les six lots silencieux n'ont donc rien apporté au total : ils ne se sont pas vendus. Nous l'écrivons maintenant parce que le chiffre officiel le démontre, et pas une heure avant.

Les six silences

Voici les six lots sans montant : une Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Cabriolet de 1970, une Ferrari 575M Maranello de 2005, une Porsche 911 R de 2016, une Mercedes-AMG ONE de 2024, une Ford GT Carbon Series de 2021 et une Pagani Huayra Roadster de 2020.

Quatre sur six sont des voitures de moins de dix ans. Et deux d'entre elles, l'AMG ONE et la Huayra Roadster, étaient les têtes d'affiche modernes du catalogue : la Huayra figurait dans le titre même de la présentation de la vente par la presse spécialisée, aux côtés de la F40. Autrement dit, les deux voitures que la maison a le plus mises en avant côté moderne sont deux des six qui ne publient pas de prix.

Le haut du catalogue a tenu

La Bugatti Veyron 16.4 Grand Sport Vitesse « Jean-Pierre Wimille » de 2014, l'un des trois exemplaires de cette série, a été adjugée 4 505 000 CHF. C'est le résultat de la vente. Derrière elle, la Ferrari F40 de 1991 atteint 3 323 750 CHF, la Ferrari 812 Competizione A de 2023 1 850 000 CHF, la Lamborghini Miura P400 S de 1969 1 805 000 CHF.

Suivent une Aston Martin DB5 Vantage de 1965 à 1 040 000 CHF et une Ferrari Superamerica de 2005 à 961 250 CHF. Six voitures au-dessus du million, sur dix-sept résultats publiés. La concentration est franche : la Veyron et la F40 représentent à elles deux 48 % du total affiché.

RM Sotheby's présente ce résultat comme un record du monde pour une Veyron en vente publique. La maison est ici juge et partie, et nous n'avons pas trouvé de recensement indépendant qui le confirme ou l'infirme : nous le rapportons donc comme sa déclaration, pas comme un fait établi.

La Veyron mérite un mot de plus. La série « Jean-Pierre Wimille » rend hommage au pilote français vainqueur des 24 Heures du Mans 1937 et 1939 sur Bugatti, et n'a été produite qu'à trois exemplaires dans le cadre des Légendes Bugatti. C'est le genre de configuration qui résiste : une hypercar moderne devenue objet documenté, avec un nombre d'exemplaires qui se compte sur une main et une raison d'exister autre que commerciale. Exactement l'inverse d'une série limitée à plusieurs centaines.

Un même résultat, deux chiffres : attention à la monnaie

Il faut signaler un piège de lecture que cette vente illustre bien. RM Sotheby's publie ses résultats zurichois en francs suisses. Plusieurs reprises de la vente, dont un décompte français, les donnent en euros : la Veyron y apparaît à 4 865 000 €, la F40 à 3 590 000 €.

Les deux séries de chiffres sont cohérentes entre elles — le rapport est d'environ 1,08 euro par franc — mais elles ne sont pas interchangeables. Un lecteur qui compare un résultat zurichois en euros à un record établi en francs, ou l'inverse, se trompera de 8 %. Sur une voiture à quatre millions, cela fait 350 000 euros d'écart pour un simple défaut de lecture. Nous donnons ici les montants tels que la maison les publie, en francs suisses.

Le bas du catalogue aussi, et c'est plus instructif

C'est l'autre enseignement, moins spectaculaire et plus solide : tous les lots sous le demi-million ont trouvé preneur et publié leur prix. Une Lamborghini Espada Series III à 71 300 CHF, une BMW 2002 Turbo à 94 300, une Fiat 131 Abarth Rally Stradale à 115 000, une Ferrari 330 GT 2+2 à 184 000, une 599 GTB Fiorano à 189 750, une Testarossa « Monospecchio » à 209 875, une Lamborghini Diablo à 211 600, une Mercedes-AMG GT Black Series à 263 750, une Porsche 911 Turbo de 1991 à 353 750, une Ferrari 488 Spider 70e anniversaire à 443 750.

Au-dessus, une Ferrari 365 GTB/4 Daytona à 680 000 CHF. Le prix moyen des lots publiés s'établit à 958 946 CHF, chiffre que la Veyron tire seule vers le haut : sans elle, il tombe sous les 740 000.

Deux résultats de cette liste touchent des modèles que le marché suit de près. La Testarossa « Monospecchio », la variante à rétroviseur unique des premières Testarossa, à 209 875 CHF. Et une Porsche 911 Turbo de 1991 à 353 750 CHF. Deux voitures très cotées par les amateurs, deux prix publiés sans difficulté apparente. Ce n'est pas anecdotique : c'est là, entre 200 000 et 400 000 francs, que se situe le gros des transactions réelles du marché européen, et ce segment ne montre aucun problème de liquidité.

Onze mois plus tôt, à onze minutes de là

Zurich est une place neuve. C'est Broad Arrow qui l'a ouverte, le 1er novembre 2025, au Dolder Grand : plus de 22 M CHF pour un taux de vente de 87 % sur plus de soixante voitures. Une Jaguar D-Type, châssis XKD 551, y avait atteint 5 181 250 CHF ; une Aston Martin Valkyrie Spider 2 706 250 CHF ; une Ferrari 275 GTB Alloy 2 312 500 CHF.

La comparaison a ses limites. Soixante voitures et vingt-trois voitures ne sont pas le même exercice : RM a fait une vente de boutique, resserrée, là où Broad Arrow avait fait un catalogue de place. Un format court concentre le risque — un seul lot manqué pèse quatre points de taux de vente.

Reste que les deux ventes ont un point commun instructif : dans les deux cas, le résultat le plus élevé est allé à une voiture d'avant 1960 ou à une hypercar déjà historique, et non à une hypercar contemporaine. La Valkyrie Spider de Broad Arrow, à 2,7 M CHF, était une exception qui confirme plutôt qu'elle n'infirme : elle s'est vendue, mais sous la D-Type de soixante-neuf ans.

Ce que Zurich ajoute au diagnostic de la saison

Notre dossier du 21 septembre établissait le paradoxe de Monterey : un total en hausse de 75 %, un taux de vente en baisse de 76 à 75 %, et 241 lots sur 467 vérifiables partis sous leur estimation. Le marché n'avait pas vendu plus de voitures, il en avait vendu quelques-unes beaucoup plus cher, le prix moyen passant de 529 000 à 866 000 dollars.

Zurich ne contredit pas ce diagnostic, elle le précise. La partie du marché qui fonctionne sans effort, c'est celle des voitures de collection au dossier lisible, quel que soit le niveau de prix : une Espada à 71 000 francs comme une Miura à 1,8 million. Celle qui hésite, c'est l'hypercar récente, produite en série limitée mais en assez grand nombre pour qu'un acheteur puisse attendre la suivante.

Il faut se garder d'en tirer une loi. Vingt-trois lots ne font pas un échantillon, et une vente de septembre en Suisse ne décrit pas le marché mondial. Mais le signal va dans le même sens que celui d'août, et il vient d'une maison différente, sur un continent différent, avec un catalogue différent.

Ce qu'il faut retenir

Une première vente réussie sur sa moitié classique, muette sur sa moitié moderne. Un total publié de 16,3 M CHF dont près de la moitié tient en deux voitures. Et une place, Zurich, qui accueille désormais deux maisons internationales en moins d'un an — ce qui, en soi, est le vrai signal de l'automne européen.

La prochaine échéance est belge : Aguttes tient sa troisième vente Auction & Motion à l'Autoworld de Bruxelles le 10 octobre, avec 83 lots. On saura alors si le milieu de marché européen se comporte comme le bas du catalogue zurichois.