Aguttes a dispersé 82 automobiles au musée Autoworld de Bruxelles le 10 octobre 2026. La maison en déclare 38 vendues et 44 invendues, soit un taux de vente de 46 %. Les lots vendus totalisent 2 025 055 €, frais de vente inclus. La meilleure enchère de la journée s'établit à 190 976 €.

Ce dernier chiffre est le vrai sujet. Une vente dont le catalogue affichait une Porsche 906 estimée jusqu'à 1,6 million d'euros s'est arrêtée, en pratique, sous la barre des 200 000 €.

Les résultats de la vente Aguttes Autoworld 2026

Les 38 lots partis se répartissent sur toute la gamme de prix, mais la masse est basse : la moyenne s'établit à 53 291 € par voiture vendue, et huit lots seulement ont dépassé 100 000 €.

En bas de catalogue, les objets et l'automobilia sont partis sans difficulté — un dessin de René Géri pour Bugatti à 835 €, une voiture à pédales FN vers 1903 à 2 625 €, une carrosserie acier de BMW 328 à 5 968 €. Le milieu de gamme a également trouvé preneur : Renault Caravelle 1965 à 11 936 €, BMW 1602 de 1971 à 10 742 €, Triumph Vitesse 2-Litre à 19 097 €, Jensen Interceptor III « Van Hool » à 20 000 €.

Les meilleures enchères de la vente

Le haut du tableau des lots vendus tient en huit lignes, et trois Ferrari y figurent.

190 976 € — Alfa Romeo 6C 2500 SS Spider, 1939. 179 040 € — Lotus Eleven Série 1, 1956. 173 072 € — Ferrari 330 GT 2+2, 1965. 156 361 € — Ferrari 550 Maranello, 1997. 155 168 € — Lancia Flaminia Sport Zagato, 1960. 152 780 € — Ferrari 456 M GT Scaglietti « Schumacher Edition », 2004. 105 036 € — Sbarro Super Eight, 1980. 102 589 € — Ferrari F355 GTS F1, 1998.

On remarquera la cohérence de cette liste : des voitures de 100 000 à 190 000 €, parfaitement identifiables, dont la valeur de marché est connue et documentée. Rien d'exotique, rien qui demande à l'acheteur de prendre un pari.

Ce qui n'est pas parti : tout le sommet du catalogue

Les 44 lots déclarés invendus cumulent 5 060 800 € d'estimations basses. Autrement dit, la vente a laissé sur place, au minimum, deux fois et demie ce qu'elle a encaissé.

Et il ne s'agit pas de queues de catalogue. Six lots estimés à 200 000 € ou plus sont restés invendus, dont l'intégralité des pièces maîtresses annoncées avant la vente : la Porsche 906 Carrera 6 de 1966, estimée 1 200 000 à 1 600 000 € ; la Gumpert Apollo de 2005, 550 000 à 750 000 € ; la Porsche 911 2.7 Carrera RS Lightweight de 1973, 300 000 à 500 000 € ; la Bugatti Type 38 de 1926, 250 000 à 350 000 € ; l'AC Cobra 427 MK IV by Autokraft, 200 000 à 300 000 € ; la Bentley 3 Litre Skiff by Barker de 1928, 200 000 à 300 000 €.

Plus bas, la liste des invendus reste fournie : Allard J2 FIA, Veritas 2000 RS, Delahaye 135 S Le Mans, Porsche 356 A T1 Speedster, Porsche 911 T de 1969, Avions Voisin C11, Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce Alleggerita.

Un marché qui achète le milieu et refuse le sommet

Le dessin est net, et il recoupe ce que nous observons depuis le début de la saison. L'argent est là entre 10 000 et 200 000 €, sur des voitures dont la cote est établie et l'historique vérifiable. Au-dessus, il faut une pièce dont la provenance ne souffre aucune discussion — et le doute, aujourd'hui, se paie par une absence d'enchère plutôt que par une décote.

Trois des six grands invendus portent d'ailleurs, dans le catalogue même, une marque d'avertissement. La Veritas 2000 RS est datée « 1947 » entre guillemets, la Delahaye 135 S « 1938 » également, l'AC Cobra « 1964 » de même, et plusieurs portent la mention (R) pour reconstruction. Ce sont des conventions d'usage dans le métier, parfaitement honnêtes de la part de la maison, qui signalent qu'une partie de l'identité de la voiture est reconstituée. En 2020, ce genre de nuance se négociait. En 2026, elle arrête l'enchère.

La Porsche 906 échappe à cette lecture : c'est une voiture de course de 1966 dont le marché international se situe effectivement autour du million d'euros. Qu'elle ne trouve pas preneur un samedi après-midi à Bruxelles tient sans doute moins à la voiture qu'au lieu et au calendrier — une vente généraliste belge n'est pas Monterey, et le vendredi précédent l'ouverture du Mondial de Paris n'est pas la meilleure date pour réunir les quelques dizaines d'acheteurs mondiaux concernés.

Comment nous avons établi ces chiffres

Aguttes n'a, à notre connaissance, pas publié de communiqué de bilan. Les chiffres de cet article ont donc été relevés lot par lot sur les pages de résultats de la maison, où chaque lot porte soit la mention « Vendu » suivie d'un montant, soit le statut « Invendu ».

Nous avons additionné les 38 montants publiés pour obtenir le total de 2 025 055 €, et compté séparément les 44 lots classés invendus. Les prix affichés par Aguttes s'entendent frais de vente, TVA incluse : ils ne sont donc pas comparables tels quels à un prix marteau annoncé par une maison anglo-saxonne.

Nous mettrons cet article à jour si la maison publie un bilan officiel, et nous signalerons tout écart avec notre relevé.