Willy Michiels (1937-2020) fut entrepreneur du jeu — Napoléon Games — et trois fois bourgmestre de Haaltert, en Flandre-Orientale. Il laissait une collection d'accumulation : beaucoup de voitures, beaucoup de marques, peu de ligne directrice.

RM Sotheby's l'a dispersée du 8 au 15 septembre 2026, en vente 100 % en ligne, sans aucun prix de réserve. Les opérations ont été supervisées par l'huissier Isabelle Van Herzele, à Termonde.

Résultat : 6,59 millions d'euros, pour une estimation maison de 5 à 6 millions.

Le catalogue

94 automobiles, 7 motos et une voiturette de golf, réparties sur 28 marques et près d'un siècle d'histoire.

Le top lot est une Mercedes-Benz 300 SL Roadster de 1962, lot 175, châssis 198.042.10.003070, livrée neuve en Suisse et entrée dans la collection en 2019. Adjugée 1 220 000 €.

Elle appartient aux 182 exemplaires du millésime 1962, sur un total de 1 858 Roadsters produits. Son bloc aluminium est un bloc de remplacement usine daté d'octobre 1965 — un détail que le marché sanctionne habituellement, et qui ne l'a pas empêchée de capter à elle seule 18,5 % du total de la vente.

Derrière : une Mercedes-Benz SLR McLaren Roadster à 381 875 €, une Mercedes-Benz 600 « Six-Door » Pullman de 1970 (lot 150, châssis 100.016.12.001002) à 201 250 € — l'une des 42 Pullman six portes produites, et l'une des 11 équipées d'usine du toit ouvrant et de la climatisation.

Plus bas, une Maybach 62 de 2004 (92 562 km, V12 5,5 biturbo de 542 ch) à 78 200 €, une Rolls-Royce Corniche III Drophead à 109 250 €, et une Citroën 2CV à 9 200 €.

Le chiffre qui dérange

La Mercedes-Maybach G 650 Landaulet a été adjugée 612 500 €.

Willy Michiels l'avait payée 1,2 million d'euros en 2017, à Knokke, où elle était alors devenue la voiture la plus chère jamais vendue aux enchères en Belgique.

Neuf ans plus tard : −49 %.

C'est le meilleur contre-exemple disponible au discours selon lequel une série limitée moderne constituerait un placement. La G 650 Landaulet cochait toutes les cases — production confidentielle, badge Maybach, carrosserie spectaculaire, demande initiale supérieure à l'offre. Elle a tout de même perdu la moitié de sa valeur.

Les trois enseignements

Un. Le sans-réserve intégral fonctionne. Cent lots écoulés, un total supérieur de 10 % à la fourchette haute, pendant que des ventes physiques européennes peinent à 55 % de vendu. Retirer la réserve supprime l'invendu, et l'invendu est ce qui abîme le plus une vente.

Deux. La hiérarchie du marché se durcit. Un seul lot capte près d'un cinquième du total, tandis qu'une 2CV part à 9 200 €. Le milieu de gamme de la collection n'existe plus comme catégorie de valeur.

Trois. La collection d'accumulation ne protège pas le capital. Vingt-huit marques, des voitures en exposition statique, une qualité inégale : la dispersion révèle que la valeur s'était concentrée sur une poignée de pièces documentées, et que le reste suivait le marché de l'occasion haut de gamme.

Notre lecture

Cette vente est plus instructive que bien des records. Un record dit ce qu'un acheteur était prêt à payer un jour donné pour une pièce unique. Une dispersion sans réserve dit ce que cent voitures valent réellement quand personne ne peut retenir le prix.

La réponse, en septembre 2026 : la pièce rare et documentée tient. Tout le reste s'échange à la valeur d'usage.

Le sans-réserve, mode d'emploi

Le mécanisme mérite d'être expliqué, parce qu'il change tout.

Dans une vente classique, le vendeur fixe avec la maison un prix de réserve confidentiel, en dessous duquel le lot ne sera pas adjugé. Si les enchères s'arrêtent avant, la voiture est déclarée invendue et retourne chez son propriétaire — avec une cote publiquement abîmée, puisque le marché a vu qu'elle n'avait pas trouvé preneur.

Sans réserve, ce scénario disparaît. Le lot part au plus offrant, quel que soit le montant. Le vendeur accepte un risque de prix en échange d'une certitude de liquidation.

Pour une succession, l'arbitrage est presque toujours favorable au sans-réserve : les héritiers veulent solder, pas spéculer. Pour la maison de vente, le taux de vendu à 100 % constitue un argument commercial que peu de ventes physiques peuvent afficher.

Pourquoi le tout-en-ligne a fonctionné ici

Une vente en ligne d'une semaine n'a pas la théâtralité d'une salle. Elle a d'autres qualités.

Elle supprime la contrainte géographique — un acheteur japonais et un acheteur californien enchérissent sans déplacement. Elle étale la compétition sur plusieurs jours, ce qui favorise les lots secondaires que personne ne suivrait dans une salle bondée. Et elle réduit drastiquement les coûts d'organisation, donc le seuil de rentabilité d'un lot.

Ce dernier point explique la présence d'une Citroën 2CV adjugée 9 200 € dans le même catalogue qu'une 300 SL Roadster à 1,22 million. Aucune vente physique ne pourrait justifier le transport et l'exposition d'un lot à quatre chiffres.

Ce que cela change pour un collectionneur

Trois conséquences pratiques, au-delà de l'analyse de marché.

D'abord, la documentation prime désormais sur l'état apparent. Le 300 SL a été payé 1,22 million malgré un bloc de remplacement usine, parce que ce remplacement est daté et tracé. Une voiture parfaite sans historique vaut moins qu'une voiture imparfaite documentée.

Ensuite, la série limitée moderne doit être achetée pour être utilisée, pas capitalisée. La G 650 Landaulet en apporte la démonstration chiffrée.

Enfin, la collection cohérente bat la collection nombreuse. Vingt-huit marques réunies par le seul goût de l'accumulation se dispersent au prix du marché de l'occasion ; dix voitures choisies autour d'une idée se dispersent au prix de la rareté.

Sans prix de réserve, il n'y a plus d'invendu — seulement la vérité du marché, lot après lot.