Le Mondial de l'Auto 2026 ferme dimanche. Il restera comme le salon où les trois chiffres de puissance les plus élevés du parc d'exposition étaient portés par un break de chasse et deux SUV — et où Porsche, Ferrari, Lamborghini, McLaren et Maserati n'avaient pas de stand.

Trois chiffres, aucune sportive

Le Denza Z9GT, le break de chasse du groupe BYD, annonce 1 156 ch. Le Lotus Eletre X Hybrid, un SUV, revendique 952 ch, 935 Nm et plus de 1 200 km d'autonomie combinée. Le Zeekr 9X, un autre SUV, affiche 897 ch. Aucune des trois n'est une voiture de sport.

Pour situer : la Porsche 911 Turbo S 2026, la 911 de série la plus puissante jamais produite, développe 711 ch. Les trois modèles les plus puissants de ce Mondial la dépassent de 186 à 445 ch, et deux d'entre eux ont cinq portes et un coffre de familiale.

Les chiffres de la Lotus viennent du communiqué de la marque du 2 juin 2026 et sont repris à l'identique par la presse spécialisée : 952 ch, 0 à 100 km/h en 3,3 s, batterie de 70 kWh, 20 à 80 % de charge en neuf minutes sur une borne 350 kW, à partir de 96 990 €. Lotus précise lui-même qu'il s'agit d'objectifs avant homologation européenne, et nous les publions comme tels.

1 156 ch, mais pas sur la version que l'on croit

C'est le point où la plupart des comptes rendus du salon se trompent, et il mérite d'être posé clairement.

Les 1 156 ch du Denza Z9GT correspondent à la version 100 % électrique, à trois moteurs — un de 313 ch à l'avant, deux de 422 ch à l'arrière — avec une batterie de 122,5 kWh. La version hybride rechargeable du même modèle, celle qui porte le 2.0 turbo, développe 775 à 776 ch selon les sources. L'écart entre les deux motorisations est de près de 380 ch : annoncer « le Z9GT de 1 156 ch » sans préciser laquelle revient à décrire une voiture que l'acheteur ne trouvera pas forcément chez le concessionnaire.

Précision supplémentaire : 1 156 est un chiffre exprimé en PS, l'unité allemande, soit environ 1 140 ch SAE. Nous conservons la valeur constructeur.

Ce que l'absence des cinq dit du marché

Nous avons interrogé le répertoire officiel des exposants du salon. Il annonce plus de 100 exposants et plus de 60 constructeurs. On n'y trouve ni Porsche, ni Ferrari, ni Lamborghini, ni McLaren, ni Maserati. Ni BMW, ni Mini, ni Nissan.

Les deux groupes d'absents ne le sont pas pour la même raison, et nous l'avions documenté avant l'ouverture : BMW, Mini et Nissan manquent à l'appel pour des motifs financiers, les cinq marques de sport par choix de stratégie commerciale. Un salon généraliste, où l'on compare une citadine électrique à 25 000 € et un SUV familial à 35 000 €, n'est plus l'endroit où elles parlent à leurs clients.

Le résultat est un salon dont le haut de l'affiche technique est tenu par des marques chinoises ou détenues par des capitaux chinois — BYD pour Denza, Geely pour Lotus comme pour Zeekr — pendant que les constructeurs qui ont fondé la notion de voiture d'exception regardent ailleurs.

Dieppe a éteint la lumière en juin

Dans le même mouvement, la seule sportive française à moteur thermique encore produite a cessé de l'être. La production de l'Alpine A110 s'est arrêtée à Dieppe en juin 2026, après 28 701 exemplaires selon le décompte de L'Argus. La série d'adieu R Ultime, annoncée à 110 exemplaires à partir de 265 000 €, n'a trouvé preneur que pour une partie d'entre eux.

Sur la date de la remplaçante électrique, les sources divergent : certaines l'attendent dès la fin 2026, d'autres en 2027. Nous ne tranchons pas tant qu'Alpine n'a pas communiqué de date ferme. Au salon, la marque expose un mulet d'A110 électrique et un concept, pas une voiture de série.

Ce que nos relevés d'enchères disent de la puissance

Il y a une façon simple de mesurer ce que la puissance vaut réellement : regarder ce que des gens paient.

Nous avons relevé lot par lot la vente Aguttes à l'Autoworld de Bruxelles, le 10 octobre. Les six lots estimés au-dessus de 200 000 € sont tous restés invendus, dont une Porsche 906 Carrera 6 estimée 1,2 à 1,6 million d'euros et une Gumpert Apollo. Ce qui est parti, ce sont des voitures de milieu de catalogue à la cote établie — trois Ferrari entre 152 000 et 174 000 €.

Le marché de collection n'achète pas des chevaux. Il achète une identité vérifiable, un historique qui ne demande pas d'acte de foi, et une cote qu'on peut consulter. Un SUV de 1 156 ch est une prouesse industrielle ; ce n'est pas, en l'état, un objet dont quelqu'un cherchera la cote dans quinze ans.

C'est précisément pour cette raison que nous tenons des pages de cote construites sur nos propres relevés plutôt que sur des communiqués.

Notre méthode

Chaque chiffre de cet article a été vérifié sur deux sources concordantes au minimum : communiqué constructeur quand il existe, presse spécialisée et répertoire officiel du salon ensuite. Les valeurs issues d'une seule source sont attribuées dans le texte. Les divergences — motorisation du Denza, date de l'A110 électrique — sont signalées plutôt que tranchées en silence. Les puissances sont données telles que les constructeurs les publient.