Le 6 juillet 2026, Bentley a fait quelque chose qu'elle n'avait plus fait depuis le Bentayga en 2015 : baptiser une lignée entièrement neuve. Torcal. Quatrième famille de la marque aux côtés de la Continental GT, de la Flying Spur et du Bentayga, et la première à naître sans moteur thermique. La voiture elle-même ne sera montrée que le 23 septembre 2026, à Londres. D'ici là, Crewe ne livre qu'un nom, une image teasée et un calendrier.

Un nom andalou, une racine latine

Torcal renvoie à El Torcal de Antequera, réserve naturelle andalouse faite de karst calcaire empilé en colonnes, en falaises et en couloirs labyrinthiques. C'est la moitié évidente de l'explication, et c'est celle que tout le monde a retenue. La seconde est plus parlante pour un constructeur qui passe à l'électrique : Bentley rattache aussi le mot au latin torquere, tordre, dont descend le mot couple. Nommer sa première voiture électrique d'après le couple, alors que le couple instantané est précisément ce que la marque vendait jusqu'ici à coups de W12 et de V8 biturbo, n'est pas un hasard sémantique.

Le choix rompt aussi avec la tradition maison des noms d'aviation et de lieux britanniques. Mulsanne venait du Mans, Bentayga d'un massif des Canaries ; Torcal prolonge cette veine géologique plutôt que la veine sportive. Rien d'aventureux ou de baroudeur là-dedans, contrairement à ce que la minéralité du nom pourrait laisser croire : la voiture est présentée comme un objet urbain.

Une base Porsche, et Bentley ne s'en cache pas

Le Torcal repose sur la plateforme PPE (Premium Platform Electric) du groupe Volkswagen, celle du Porsche Cayenne Electric et de l'Audi Q6 e-tron. Selon CAR, Porsche a tellement retravaillé l'architecture pour le Cayenne électrique qu'elle relève désormais presque d'une plateforme neuve, et c'est cette version-là que Crewe reprend. Carscoops, qui a publié en août les premières spécifications détaillées, décrit un partage de composants très direct : moteur avant issu du Q6 e-tron, moteur arrière et pack batterie repris du Cayenne Electric.

Ce que Bentley ajoute par-dessus tient à la mise au point et au contenu : suspension pneumatique, roues arrière directrices, barres antiroulis actives, sélecteur d'ambiances, boiseries et laine mérinos en habitacle, écran incurvé accompagné de vraies commandes physiques. L'architecture 800 volts vient du socle PPE ; sur le Cayenne, elle autorise des pointes de recharge jusqu'à 390 kW, voire 400 kW dans des conditions précises.

Le peu que l'image teasée laisse voir confirme une stratégie de continuité formelle plutôt que de rupture. Face avant haute et carrée, calandre imposante ornée de motifs losangés en trois dimensions, éclairée et désactivable. Silhouette de SUV surbaissé à arrière fastback, hanches marquées, bandeaux lumineux horizontaux à l'arrière. Aucune tentative de vocabulaire futuriste, aucune disparition de la calandre au prétexte qu'il n'y a plus de radiateur à alimenter : Bentley conserve son masque, quitte à le transformer en objet lumineux.

850 chevaux : la Bentley la plus puissante, et pourtant une PPE de milieu de gamme

Le chiffre qui circule est de 850 ch (634 kW) pour une transmission intégrale bimoteur, une batterie de 113 kWh et une autonomie WLTP d'environ 595 km. Il vient de la presse britannique, pas de Bentley : aucune donnée technique n'a été officialisée à ce stade. Le seul repère validé par la marque est une autonomie annoncée à plus de 300 miles, soit au-delà de 480 km.

Si les 850 ch se confirment, le Torcal deviendra la Bentley de série la plus puissante jamais produite — la Continental GT Speed actuelle culmine à 782 ch — et la plus rapide au démarrage. Mais l'échelle change dès qu'on regarde la plateforme dans son ensemble : le Cayenne S Electric délivre jusqu'à 666 ch en overboost et le Cayenne Turbo Electric jusqu'à 1 156 ch, avec un 0 à 100 km/h en 2,5 s. Le Torcal se logerait entre les deux. Pour une marque dont l'argumentaire n'a jamais été le chronomètre mais la performance sans effort, c'est cohérent : la masse annoncée avoisine 2 700 kg et la vitesse de pointe serait bridée à 250 km/h.

Sous le Bentayga, et c'est tout l'objectif

Le Torcal mesure environ cinq mètres, contre 5,13 m pour le Bentayga, tout en promettant davantage d'espace aux jambes à l'arrière et un coffre plus vaste — bénéfice classique d'un plancher plat et d'un porte-à-faux avant raccourci. Il ne remplace personne et ne coiffe rien : il ouvre la gamme par le bas. CAR décrit explicitement une cible de clients qui n'auraient jamais envisagé une Bentley.

Cela règle la question du prix. Le Bentayga démarre autour de 160 000 livres au Royaume-Uni et de 230 000 dollars aux États-Unis ; le Torcal est attendu à ce niveau ou en dessous, pas au-dessus. Ses rivaux immédiats sont son propre cousin Cayenne Electric, le Lotus Eletre, le Range Rover Electric et le Mercedes-Maybach EQS SUV. Ni Ferrari ni Rolls-Royce n'ont annoncé de SUV électrique à ce jour.

Crewe, 2035, et un calendrier qui a glissé

Le contexte industriel mérite d'être rappelé, parce qu'il a beaucoup bougé. En janvier 2022, la stratégie Beyond100 promettait cinq modèles électriques à partir de 2025 et une gamme intégralement électrique en 2030, pour un investissement de 2,5 milliards de livres sur Crewe. Quatre ans plus tard, la première électrique arrive avec un an de retard sur la promesse initiale et l'objectif de gamme 100 % électrique a été repoussé à 2035 dans le cadre du plan révisé Beyond100+. Le Torcal sera assemblé à Crewe, sur le site historique.

Le séquencement retenu est donc le suivant : nom et teaser le 6 juillet 2026, révélation intégrale le 23 septembre à Londres, premières livraisons clients attendues au premier trimestre 2027 selon CAR. Rien n'indique une présentation dans le cadre d'un salon : l'IAA de Munich se tient les années impaires, et Bentley a choisi un événement autonome.

Le Torcal ne sera donc ni la voiture la plus puissante de sa plateforme, ni la plus chère de son catalogue, ni la première électrique de son segment. Il est autre chose, et c'est plus intéressant : la tentative de Bentley d'élargir sa base clientèle par le bas sans abîmer le nom, en s'appuyant sur des organes Porsche et Audi assumés. Tout se jouera le 23 septembre sur le prix annoncé — au-dessus de 200 000 euros, le pari tombe.