Ferrari F40 1990 : 2,93 M€, la cote qui s'envole
Spécification européenne non catalysée, matching numbers. Adjugée à Villa d'Este au-dessus de son estimation, signe de la cote toujours croissante de l'icône turbo de Maranello.
Sur les cinq lots les plus chers de la vente de Villa Erba, les 16 et 17 mai 2026, un seul a dépassé son estimation haute : une Ferrari F40 de 1990, adjugée 2 931 250 € contre une fourchette annoncée de 2,3 à 2,5 M€. Trois mois plus tard, à Monterey, une autre F40 changeait de mains pour 8 365 000 dollars. Les deux chiffres décrivent le même modèle et, en réalité, deux marchés distincts.
Le châssis 84105, livré à Munich
Broad Arrow, maison du groupe Hagerty et partenaire officiel du Concorso d'Eleganza Villa d'Este pour la deuxième année consécutive, cataloguait le châssis ZFFGJ34B000084105. Une voiture de spécification européenne, Rosso Corsa d'origine, dont le premier propriétaire enregistré est la société S&T GmbH de Munich et qui a été livrée neuve en Allemagne. Au moment du catalogage, elle affichait 40 271 km et disposait de la certification Ferrari Classiche, le programme d'attestation d'authenticité de Maranello qui vérifie la conformité des organes principaux au châssis.
Ce kilométrage est la donnée décisive du lot, et Broad Arrow ne l'a pas dissimulée. Sur un marché où les F40 les plus chères franchissent la ligne avec trois chiffres au compteur, 40 271 km font de cette voiture une automobile utilisée plutôt qu'un objet conservé. Elle a néanmoins été le troisième résultat de la vacation, derrière une Ferrari Daytona SP3 de 2023 à 6 250 000 € et une Monza SP2 vendue avant la vente. La session a totalisé 40,8 M€ sur 75 voitures, avec 87 % de lots vendus et des acheteurs issus de 31 pays.
Non-cat, non-adjust : ce que recouvre la formule
La mention qui accompagnait le lot, « non-cat, non-adjust », désigne la première configuration de la F40 : sans catalyseurs et sans suspension à hauteur variable. Sur les 1 311 exemplaires produits entre 1987 et 1992, dont 213 en spécification américaine, trois séries se sont succédé. La première annonce 478 ch à 7 000 tr/min pour le V8 biturbo de 2 936 cm³, avec 578 Nm à 5 400 tr/min. La deuxième reçoit des catalyseurs et un moteur Tipo F120 D recalé au niveau de la distribution. La troisième ajoute la suspension pilotée en option, utile pour franchir un dos-d'âne, pénalisante pour la pureté mécanique aux yeux des collectionneurs.
Le choix des amateurs va à la première série, plus légère de quelques kilos et débarrassée des convertisseurs. La caisse combine kevlar, fibre de carbone et aluminium, les vitrages sont en polycarbonate, la masse annoncée s'établit à 1 202 kg. Cette obsession de la soustraction vient directement de la 288 GTO : Ferrari a repris la GTO Evoluzione, prototype de compétition resté sans championnat après l'abandon du Groupe B, pour en faire la base de la F40. Elle sera la dernière voiture de route approuvée par Enzo Ferrari de son vivant, et la première routière de série revendiquant 320 km/h.
La cote comparée : six F40 en huit mois
L'année 2026 offre une série de références rare pour un modèle de cette valeur. Le 17 janvier, à Kissimmee, la vacation Mecum de la collection Phil Bachman a vendu deux F40 de 1992 sans prix de réserve : 6 600 000 $ pour celle affichant 458 miles, 5 830 000 $ pour celle en affichant 865. Le 27 février, à ModaMiami, RM Sotheby's obtenait 5 230 000 $ pour une 1992 de 880 miles, estimée 4 à 5 M$. Les 6 et 7 mars, à Amelia Island, Broad Arrow plaçait une 1990 à 3 800 000 $. Le 16 mai, Villa d'Este signait 2 931 250 €, soit environ 3,41 M$ au taux appliqué par la maison. Le 15 août enfin, à Monterey, RM Sotheby's adjugeait 8 365 000 $ le châssis ZFFMN34A7M0087345, une 1991 américaine à catalyseurs et suspension fixe, 320 miles, commandée neuve par Lee Iacocca et livrée avec une plaque de tableau de bord à son nom.
Le classement obtenu n'a rien d'aléatoire. La voiture la plus chère de la série n'est pas la mieux spécifiée — l'ex-Iacocca est une américaine catalysée, donc théoriquement la version la moins désirable — mais celle qui cumule un kilométrage de livraison et une provenance identifiable. À l'inverse, l'exemplaire de Villa d'Este était le plus pur sur le papier et le moins cher de la sélection. Classic.com situe aujourd'hui l'indice de référence de la F40 à 3 594 976 $ pour un prix moyen constaté de 3 047 885 $ : l'écart entre les deux chiffres mesure exactement la prime accordée aux voitures neuves d'apparence.
Ce que l'écart raconte du marché
La F40 s'est scindée en deux actifs. D'un côté, les voitures sous les 1 000 miles, traitées comme des pièces de collection et négociées entre 5 et 8,4 M$ ; de l'autre, les voitures roulées, entre 3 et 3,5 M$, pour lesquelles la certification Ferrari Classiche et la spécification européenne pèsent moins lourd qu'un compteur bas. Un écart de un à trois sur un modèle produit à 1 311 unités identiques n'est pas une anomalie passagère : c'est la structure du marché des supercars des années 1980 en 2026.
Cette lecture éclaire la performance relative du lot italien. Dépasser son estimation haute de 17 % dans un contexte où les autres têtes d'affiche de la vacation restaient sous leur fourchette n'est pas anecdotique. Broad Arrow avait calé son estimation sur le segment des voitures utilisées, et le marché a validé. La même vacation a par ailleurs montré ses limites : une série de Nissan Skyline GT-R R34 proposées sans réserve a manqué ses estimations de 30 à 40 %, ce qui relevait autant du choix géographique que de la cote du modèle.
Villa d'Este, baromètre européen
La reconduction de Broad Arrow comme partenaire du Concorso d'Eleganza installe une vacation de printemps en Europe continentale dans un calendrier longtemps dominé par Monterey et Amelia Island. Les 40,8 M€ de 2026 ne rivalisent pas avec les 380 M$ de RM Sotheby's à Monterey en août, mais la comparaison n'a pas grand sens : Villa Erba vend 75 voitures, Monterey en vend 199. Le taux de vente de 87 % et la présence d'acheteurs de 31 pays disent davantage sur la santé du segment européen.
L'enseignement de mai 2026 tient en une phrase : la F40 monte, mais pas uniformément. Un exemplaire européen non catalysé, certifié Classiche, à 2,93 M€ avec 40 000 km, reste l'une des rares portes d'entrée rationnelles sur un modèle dont le haut de gamme a triplé en huit mois. Pour un acheteur qui compte rouler, c'est probablement le meilleur rapport de la série 2026. Pour un investisseur, le message est inverse : ce qui s'apprécie le plus vite, ce sont les voitures qu'on ne conduit pas.