RM Sotheby's Woodcote Park : première édition anglaise
Le 8 juillet 2026, RM Sotheby's organisait sa première vente à Woodcote Park en collaboration avec le Royal Automobile Club britannique. Un pari sur le marché anglais qui semble avoir été gagné.
Dernier lot de la vacation, il a mobilisé la salle plus de vingt minutes. Une Porsche 911 Carrera RSR 3.8 Strassenversion de 1993, jamais roulée, 10 kilomètres au compteur, encore couverte de la cire Cosmoline appliquée en usine, estimée 1,85 à 2,2 M£. Deux enchérisseurs l'ont poussée à 3,1 M£ au marteau, soit 3 492 500 £ frais compris, plus d'un million au-dessus de l'estimation haute. C'est le deuxième prix de la première vente de RM Sotheby's à Woodcote Park.
Epsom, Surrey, mercredi 8 juillet 2026. La maison tenait sa première vacation dans le domaine de 350 acres du Royal Automobile Club, en marge du concours d'élégance du club. Quarante-deux automobiles, une moto et quelques objets, dispersés en deux heures et demie pour un total de 15 975 765 £, soit 21 431 074 $ et environ 18,7 M€ au cours du jour. RM Sotheby's présente ce chiffre comme le meilleur jamais réalisé par la maison lors d'une vente d'été au Royaume-Uni.
Une vente calibrée, pas une vente-fleuve
L'ensemble était estimé à environ 18,4 M£ avant la vacation, et 21 % des lots étaient proposés sans prix de réserve. Le catalogue était volontairement resserré et très britannique dans sa composition : sept Bentley, sept Ferrari ou Dino, six Porsche et cinq Aston Martin représentaient à elles seules plus de la moitié des voitures. L'écart d'âge entre ces familles résume la stratégie : les Bentley affichaient 85 ans de moyenne, les Porsche 29. Au final, 74 % des automobiles ont trouvé preneur pendant la vente, les enchères atteignant en moyenne près de 90 % de l'estimation moyenne.
Deux voitures, 44 % du produit
La Ferrari F40 Jean Sage par Michelotto a été adjugée 3 605 000 £, la Porsche RSR 3.8 Strassenversion 3 492 500 £. À elles deux, 7 097 500 £, soit 44 % du produit de la vente. Une vacation de quarante-deux voitures qui repose à ce point sur deux lots ne décrit pas un marché large : elle décrit une vente réussie par deux objets.
La F40 le méritait. Commandée neuve chez Charles Pozzi par Jean Sage, figure du sport automobile français, c'est un exemplaire européen précoce, sans catalyseur et sans suspension pilotée. Sage la jugeant trop lente, il l'a fait modifier par Michelotto en 1994 dans un esprit proche de la spécification CSAI GT : capots avant et arrière allégés, gain d'environ 49 chevaux et 200 lb-pi, suspensions et freins revus. Elle affichait 22 699 km et son dossier Massini. L'enchère au marteau, 3,2 M£, a atteint le haut de la fourchette d'estimation, sans la dépasser.
La Porsche, elle, l'a pulvérisée. Deux exemplaires seulement de cette version routière de la RSR 3.8 ont été construits par Porsche Motorsport avec un habitacle entièrement garni ; celui-ci, livré en mars 1996 à un client VIP du département Exclusive, a passé deux décennies au garage avant d'être retrouvé en 2015. Son historique d'enchères est instructif : RM l'avait déjà vendue 2 016 000 € à la Villa Erba en 2017, Bonhams 2 127 500 $ à Abou Dabi en 2023. En neuf ans, la voiture a doublé de valeur.
Les youngtimers passent devant les classiques
Le vrai signal de la vacation est ailleurs. La BMW M3 Sport Evolution de 1990, l'une des 600 produites, 4 503 km, était estimée 250 000 à 300 000 £ ; elle a été poussée à 355 000 £ au marteau, soit 404 375 £, 47 % au-dessus de son estimation haute. La Ferrari 550 Barchetta Pininfarina de 2002, estimée 290 000 à 340 000 £, a fait 438 125 £, 39 % de mieux — un résultat qui reste pourtant loin des prix américains, une Barchetta ayant atteint 1 265 000 $ chez Mecum à Kissimmee en janvier. La Porsche 911 GT3 RS 4.0 de 2011 a atteint 651 875 £, la McLaren 765LT de 2021 410 000 £, la Ferrari Superamerica de 2006 246 875 £.
Sur les classiques d'avant 1970, la tendance s'inverse. Une Jaguar Type E Série 1 3.8 coupé de 1962 est partie 23 % sous le milieu de son estimation, à 80 500 £. Une Lagonda 3-Litre Tourer de 1930 a perdu 18 %, une Fiat 500 D Trasformabile 26 %. Le cas le plus net est la Maserati A6G/54 2000 GT carrossée par Allemano, l'une des vingt et une : adjugée 325 625 £ à Woodcote Park, contre 483 000 £ chez Bonhams à Londres dix mois plus tôt. Même voiture, même marché, un tiers de valeur en moins. La Ford GT de 2006, vendue 398 750 £ à 70 % de son estimation moyenne, montre que la prime aux modernes n'est pas automatique non plus.
Aston Martin, colonne vertébrale de la vente
Quatre des dix meilleurs résultats portent le badge Aston Martin. La DB5 Shooting Brake par Radford de 1966, l'une des douze commandées par l'usine dont huit en conduite à droite, vingt ans dans la même famille et 105 000 £ de factures d'entretien, a été adjugée 848 750 £, près de son estimation basse ; le record du genre reste les 1 765 000 $ obtenus à Monterey il y a sept ans. Une DB5 coupé standard avait fait 792 500 £ plus tôt dans la journée, une DB4 GT Continuation de 2018 477 500 £, et une DB6 Vantage Volante de 1969, l'une des vingt-neuf, 432 500 £. La MG K3 Magnette Pointed Tail d'usine de 1934, quatrième des 500 miles de Brooklands la même année, a atteint 511 250 £ : c'est désormais la deuxième MG la plus chère jamais vendue aux enchères.
Ce que disent les invendus
Les voitures restées invendues dessinent une frontière nette. Une Bentley 4/8 litres compresseur de 1932, une Bentley R-Type Continental de 1955, une Aston Martin DB4 Series IV de 1962, une Ferrari Dino 246 GT de 1971, toutes estimées entre 250 000 et 650 000 £ : que du classique établi, calibré à des niveaux d'avant 2023. La Lancia Stratos HF Stradale s'est arrêtée à 475 000 £ de meilleure enchère, sous son estimation basse. Côté Porsche, malgré la RSR, les enchères ont atteint en moyenne 67 % de l'estimation médiane et la 924 Carrera GTR IMSA n'a pas trouvé preneur. Sur vingt-six voitures classées en super classiques, dix-neuf sont parties.
Le pari anglais de RM
Reste la question du positionnement. RM Sotheby's tient déjà une vente londonienne à l'automne : en novembre 2025, au Peninsula, elle avait produit 23 703 910 £, avec une Ferrari FXX-K Evo à 4 730 000 £ en tête. Woodcote Park, à 16 M£, ne joue donc pas dans la même catégorie et n'a pas vocation à le faire. C'est une vacation d'un jour, adossée à un concours d'élégance de club, dans un cadre fermé, que la maison décrit elle-même comme une vente boutique. Sholto Gilbertson, directeur des ventes pour le Royaume-Uni, qui tenait le marteau, indique que le partenariat avec le Royal Automobile Club compte parmi les plus importants de la maison au Royaume-Uni et que déplacer la vente d'été vers le concours du club relevait de la logique.
Une première édition qui vend 74 % de ses voitures et près de 16 M£ sans catalogue spectaculaire est une réussite opérationnelle. Mais le détail des résultats dit autre chose que le communiqué : à Woodcote Park, les acheteurs britanniques ont payé cher ce qui est unique et récent, et ont laissé filer ce qui est simplement ancien et beau. Tant que cet écart se creuse, une vente anglaise d'été ne tiendra que par ses deux ou trois lots imbattables.